vendredi 1 juin 2007

DéDé au temple... de la consommation


Une envie de plantes, des plantes pour me faire croire que dans 35 m2 il peut y avoir un coin de nature… Les 4 Temps, La Défense, mais où puis-je acheter des plantes ?
La femme tronc derrière sa borne "renseignements" affiche une mine déconfite, "drôle de question? Peut-être chez Auchan…" Gagné, c’est la fête des mères alors il y en a partout ! Je regarde autour de moi : des rayons à perte de vue. C’est vrai que je n’ai pas mis les pieds dans un hypermarché depuis des mois, j’ai l’impression d’avoir le tournis, cette débauche de trucs en tous genres à ACHETER, cet étalage indécent de nourriture sur des kilomètres linéaires se superpose aux images des films "We feed the world" et "Notre pain quotidien", à ces récits d’enfants et d’adultes qui meurent partout dans le monde de n’avoir rien à ce mettre sous la dent. Et nous, qui baignons avec le sourire au milieu de ces rayons où derrière chacune des étiquettes "le prix le plus bas" on devrait lire "fait dans des conditions de travail les plus inacceptables". Il faut aussi que je vous raconte le passage en caisse, avec mes 2 boites de céréales, je me dirige vers l’espace "moins de 10 articles" et bien quand vous avez moins de 10 articles, c’est à vous de faire votre addition avec l’aide d’un ordinateur qui dit "bonjour" et "au revoir".
Des sourires, des conseils, un lieu où on peut trouver ce dont on a besoin et non un magasin dans lequel s’exprime notre boulimie acheteuse de tout et de rien qui vient s’entasser dans nos appartements trop petits… voilà l’endroit où j’ai plaisir à faire mes courses.

4 commentaires:

Charles a dit…

Bravo !
Belle description du vertige qui nous prend dans ce genre de supermarché...
J'ai dû y aller moi aussi il y a quelque temps, ça faisait longtemps que je n'y étais pas rentré, ça fait drôle...
C'est éblouissant, quand on n'a plus l'habitude ! Que des couleurs vives, des grosses écritures qui clignotent, des produits "moins chers" : de la merde pas chère pour les pauvres, des plats cuisinés partout, déjà préparés, plein de trucs dégueux sans goût avec un sachet d'épices pour sentir quelque chose... j'en ai mal à l'estomac.
Bien sûr, des tomates, des aubergines, des courgettes (c'était en mars), des cadis pleins à craquer...
Au secours !
Quelle joie quand je suis retourné dans ma biocoop préférée, j'ai dit bonjour à des vrai gens, j'ai rempli mon sac-à-dos de bonnes choses, par chères, sans emballages superflus.... ahhh, ça fait du bien de consommer intelligemment !

Non, ce que je voulais dire : comme quoi, petit à petit, on change, on prend des habitudes (il y a 2-3 ans, j'étais bien différent), et tout ça en douceur, naturellement, sans contraintes, au contraire, beaucoup de plaisir !

Stéphane D a dit…

Bonsoir Gaëlle,

Colère de Stéphane: 3 heures d'écriture de commentaire passées aux oubliettes, à cause d'une mauvaise manip'. ARRRRFFFFF !
Il est 1 heure du mat', j'ai la mémoire fraîche mais j'peux pas me relancer maintenant dans la réécriture. Demain j'my colle. Je suis vert mais bon c'est comme çà !
A bientôt

Stéphane D a dit…

Bonjour Gaëlle,
(Des bribes, rien que des bribes dans mon sac, mais puisqu'on ne redescend jamais le même fleuve...)

Temple de la consommation, donc. Aller, j'en ai marre, impossible de tracer le même chemin qu'hier, ça manquerai de spontanéité. Alors voici en substance:

Temple de la consommation, donc, c'est parti ! C'est bien ce qui s'érige devant moi à l'entrée de ton billet. Un temple, de la famille des temples et autres édifices religieux, oui c'est ça. C'est peut être la demeure de l'Eternel pour certains, mais cette fois ci on me fera pas le coup. Eternel ? Mon oeil ! Tiens, Ô "Grande Distribution", je ne crois qu'à ta contemporanéité, demain ne t'appartient pas.

Et pourtant. Elever des temples, ce n'est pas par hasard. Combien de temples sont tombés en ruine depuis des milliers d'années jusqu'à aujourd'hui: des temples s'écroulent mais nous retournons toujours à un temple. Combien de fidèles assistent aux prêches dominicales sous les coqs de nos clochers ? C'est qu'entre temps la messe a emprunté d'autres ondes que les ondes spirituelles. Au revoir les coqs, bonjour antennes et paraboles. La messe est dite. Nos crucifix sont de plasma aujourd'hui mais c'est toujours face à un mur que se tourne notre fidélité. Ce que craint la fidélité, ce sont les fenêtres de nos maisons.
Fidélité, fidélité: c'est y bien ça que j'sors d'mon port' feuille à la caisse du Leclerc. Ma carte de fidélité: tu sais celle qui m'offre les miettes de ma baguette quand j'passe avec un plein chariot. Youpi, j'ai gagné une hostie gratuite, j'aurai pas b'soin d'aller faire la queue à la messe.

Temple, fidélité (je me souviens hier, je suis aller faire un tour sur Lexilogos)

Temple.
-Lieu, sanctuaire où l'on célèbre le culte d'une ou plusieurs divinités. (Le Marché est peut être l'une d'entre elles).

-Le temple résume l'âme grecque. Il n'est ni la maison du prêtre, comme le fut le temple égyptien, ni la maison du peuple, comme le sera la cathédrale, il est la maison de l'esprit, l'asile symbolique où vont se célèbrer les noces des sens et de la volonté. Faure, Hist.art, 1909,p.98.

-Lieu de célébration d'un culte et où se réunissent des fidèles.

Célébration, célébration, il faut célébrer. Et comment célèbrer, je vous le donne en mille: en instituant la FÊTE. La fête sous toutes ces formes, toutes y ont leur place, c'est du moins l'effort constant de la "Grande Distribution". Ses temples célèbrent les fêtes, tous les calendriers civils, liturgiques et j'en passe, peuvent avoir leur place un jour en tête de gondole d'un rayon. Gagné, comme tu écris Gaëlle: où va t on à l'occasion de la fête des mères? Chez Auchan.

Temple, c'est bien ça! La fête avec ses saint-patrons. Et le saint-patron de la "Grande Distribution" c'est sûrement le Saint-PRIX. On pourrait maintenant envisager les problèmatiques attrayantes au PRIX : La fête, mais à quel PRIX ? Qui paye le PRIX de tout cela ?... Mais je préfère ici poursuivre le chemin qui m'a fait passé par la fête.

Je crois que si l'on arrivait à comprendre ce que signifie chez l'Homme la fête, ce à quoi se rattache humainement cette pratique, qu'est-ce qui anthropologiquement nous fait naître ce BESOIN; et bien je crois que bien averti de ce que fait vivre en nous la fête, notre fidélité à la "Grande Distribution" se ferait plus lâche, déliée quand nous entrerions dans l'un de ses temples. Au fait "fidélité": cette idée renvoie à l'attachement, au maintien, à la constance. Et cette idée a ses relais: fête et propagande sont liées, les relais sont nombreux, l'école est aussi vecteur de cette propagande (comme tu l'as remarquée dans un précédent commentaire Gaëlle). Grande Distribution, fête, culte, fidélité, propagande, relais, enracinement, temple... c'est ce qu'on appelle un système. Et si l'on regarde bien, il n'y a aujourd'hui pas plus conservateur que le système libéral. C'est sur ce paradoxe que ce système prospère. C'est quand même pas par hasard que notre président de la République se rend à la messe dominicale le matin de son élection. C'est quoi son parti ? Ultra libéral, non ?

Mais le couple fête/foire ne date pas d'aujourd'hui. Qui n'a pas déambulé sur la foire le jour d'une fête de village ?
Ah ! la fête, j'aimerai comprendre l'homme cet animal social. Ailleurs que dans ce commentaire sinon c'est un livre qui va s'écrire à force.La fête et sa corne d'abondance: oui un rayon se doit d'être toujours plein. Ensemble et sans pénurie, c'est tellement plus rassurant.

"Temple... de la consommation", tes trois points de suspension furent ma porte d'entrée. Merci Gaëlle.

J'ai essayé d'accompagner ton écriture le long de ton billet, j'arrive maintenant à son terme mais il reste une étape importante. Tu l'as soulignée: "un LIEU".

Le LIEU est un concept complexe, on dit parfois de la géographie qu'elle est la science du lieu (je ne m'aventurerai pas dans une épistémologie de la science géographique, je n'ai pas les billes à ma disposition). Un lieu peut être une localisation, c'est une entité physique mais un lieu a aussi un potentiel de virtualité énorme. On peut ainsi investir un lieu physiquement ou intellectuellement, investir un lieu c'est lui donner une existence. C'est ouvrir un monde des possibles.
Je crois que c'est dans l'idée même de lieu que se situe l'alternative à la grande distribution. Alternative nous y voilà enfin, et si elle se situe dans l'idée de lieu, elle demeure cependant difficile a trouvé. J'ose ici depuis le début de ce commentaire une démonstration, elle ne prétend pas à la théorie, c'est pourquoi j'irai jusqu'au bout (l'après appartiendra aux contradicteurs).
Difficile, je disais, de trouver l'alternative à la grande distribution dans l'idée de lieu, voici mon pourquoi: c'est que l'idée de lieu n'est complète que si elle accepte en son sein l'idée de non lieu, bref l'utopie. Ceux qui combattent l'utopie vous diront que l'alternative réside dans l'idée de lieu et qu'elle n'est nulle part ailleurs. Les utopistes vous diront que nulle part, c'est Ailleurs. L'utopie est le moteur de l'alternative.

Voilà Gaëlle, désolé mais pour finir je vais te plagier: "L'Utopie... voilà l'endroit où j'ai plaisir à te rencontrer".

A Bientôt.

Ps: le chemin de se commentaire est autre que celui définitivement perdu d'hier. J'ai cependant eu plaisir a emprunté cet autre chemin d'aujourd'hui.

Ps bis: ok, pour une tasse de thé, ou une bière (je pense à Pierre). Je le souhaite. Sait on jamais ?

Ps ter: la contradiction ne m'a pas abandonnée, Charles je ne suis pas tout à fait d'accord avec ton commentaire (j'essaierai de te faire savoir pourquoi), mais ça suffit ici pour aujourd'hui.

Baronette a dit…

Bien d'accord avec toi. Depuis que j'ai rompu avec les grandes surfaces et que je fréquente les marchés et les petites épiceries bios, revenir dans ces grands espaces est toujours une corvée. On met toujours beaucoup trop de temps pour s'y rendre, la lumière artificielle est très agressive et surtout je ressors systématiquement avec cette nausée dont tu parles et l'humeur maussade de quelqu'un qui n'a pas parlé à personne depuis 15 jours...
Le problème, c'est qu'on ne se rend compte de tout ça qu'une fois qu'on a coupé les ponts.
Merci pour ce blog toujours intéressant et vivant Dédé.